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13/07/2016

L'année du dragon (1985)



Avant de s'embourber peu à peu dans un désert artistique dont il ne se remettra jamais, Michael Cimino s'offrait en 1985 un dernier baroud d'honneur avec l'Année du dragon, polar sec et nerveux à la richesse thématique et formelle rarement égalées depuis et porté par un casting en tout points admirable avec en tête un Mickey Rourke magistral.   


 A l'aube des années 80, il ne faisait pas bon être Michael Cimino.  La porte du paradis, son précédent métrage sorti en 1980 a mis fin à ce qu'on appelait le nouvel Hollywood -même s'il fut en cela grandement aidé par Coup de Coeur de Coppola- , sérieusement ébranlé la réputation et la carrière du réalisateur et entraîné dans sa chute le studio United Atists. C'est beaucoup à supporter pour un seul homme. Cimino passera les cinq années suivantes dans le purgatoire des artistes démesurés et mégalos à vivoter en révisant des scripts en mal de réécritures - The Rose, Le Pape de Greenwich Village - et d'autres pour lesquels il n'est même pas crédité. Après plusieurs tentatives pour revenir derrière la caméra, il finira par accepter une commande qu'on ne cesse de lui proposer : l'adaptation de l'Année du dragon de Robert Daley, auteur spécialisé dans le polar rugueux à qui l'on doit aussi Dans l'ombre de Manhattan adapté par Sidney Lumet en 1997. Problème, s'il veut le réaliser et s'occuper du scénario -comme demandé par le producteur Dino De Laurentiis- dans les délais impartis -très courts-, il devra chercher de l'aide, chose qu'il trouvera chez Oliver Stone, l'ami d'un ami, qui à l'époque peinait à trouver financement pour son scénario sur la guerre du Vietnam et qui deviendra par la suite Platoon. Les deux compères se mettent au travail et cravachent dur pour soutenir un rythme de production infernal.


 Il est facile de réduire L'année du Dragon à sa trame étriquée de polar lambda : Un policier droit dans ses bottes se met en tête de purger Chinatown de la pègre. En l'apparence, rien à voir avec les rêves de contrées immenses filmées en Panavision et les désirs de grandes fresques dramatiques si chères au réalisateur. Pourtant, l'idée même de ce chien enragé qui part en croisade contre la corruption et la décadence sociétale ne pouvait que séduire un réalisateur qui n'était pas spécialement réputé pour son tempérament docile et ses prises de position gentillettes sur le cinéma américain. Il trouve d'ailleurs ici un alter ego parfait en la personne de son interprète principal : Mickey Rourke/Stanley White, dont le choix semble presque inévitable tant l'acteur et son personnage se confondent à la perfection. Rourke, alors à l'apogée de sa carrière, était déjà réputé pour sa grande gueule, trait qu'il prête volontiers à son personnage de flic imprévisible, instable et au langage ordurier mais qui, paradoxalement, semble être le seul à vouloir à tout prix remettre de l'ordre dans le chaos et rétablir des valeurs depuis longtemps tombées en désuétude. Cimino continue donc par la voix de son anti-héros son exploration d'une Amérique cruelle et sanglante, tout comme dans Voyage au bout de l'enfer ou même La porte du paradis. Ce Chinatown déchiré par les guerres de gang -que l'on pourrait tout aussi bien assimiler au Far West- est un cadre idéal pour asséner les vérités, Cimino fustigeant une société gangrenée, malade de son repli communautaire, de son racisme et de sa vénération du Dieu Dollar. De fait, c'est tout le cynisme des années Reagan qui sont ici en ligne de mire. Cela n'a pourtant pas empêché le film et son réalisateur de se faire taxer de racisme et de xénophobie, les mêmes accusations qui sont portées à Stanley White dans le film, et à peu près aussi infondées que celles portées à Francis Ford Coppola pour son Parrain. A cela, Michael Cimino répondra dans une interview à Jeune Cinéma que le film traite justement du racisme, du sexisme et de la xénophobie, et que pour traiter de pareils sujets il faut inévitablement mettre en lumière leurs travers. Il démontre d'ailleurs dans son film que les Chinois eux-mêmes sont les plus grandes victimes de leurs mafias du fait de leur auto-isolement. Il va même plus loin, montrant que cet isolement qui a donné tant de pouvoir aux organisations criminelles est le résultat direct du racisme dont a souffert cette communauté humiliée et privée de sa part de rêve américain. 

En dehors de sa richesse thématique, Michael Cimino fait de son Année du dragon une oeuvre techniquement aboutie grâce à une direction artistique éblouissante et au sens du détail obsessionnel qui caractérise le bougre. Il faut dire que ce fur la première (et dernière fois) que le réalisateur trouve un mécène qui lui offre les moyens de ses ambitions et ce, en la personne de Dino De Laurentiis. Cimino cédera de nouveau à ses pulsions mégalo -bien qu'en rien comparables à ce qu'il a fait sur La porte du paradis- et recréera un New York de toute pièce fourmillant de détails et à la reconstitution si fidèle qu'elle trompera même le grand Stanley Kubrick, pourtant natif de la ville. A ce décor factice, il insuffle une portée épique avec scènes de foule massives et une immersion de tous les instants. Il n'en oublie pas pour autant ce qu'est son film -un polar en l’occurrence- et offre un spectacle violent et sans concessions, d'une totale maîtrise, que l'on se prend comme une explosion en pleine figure et où les gunfights et les carnages se succèdent à un rythme infernal. La sécheresse et la violence du métrage placent d'ailleurs l'Année du Dragon dans la droite lignée du cinéma de Sam Peckinpah. Et s'il ne fallait garder qu'une seule scène, ce serait à n'en pas douter son final en apothéose : duel entre Stanley White et sa Némésis Joey Tai -interprété par le splendide John Lone- sur un pont de chemins de fer enveloppé de brouillard et magistralement mis en lumière par Alex Thompson - Excalibur, Alien 3, La forteresse Noire -. Par contre, nous oublierons volontiers la conclusion en happy end, totalement stupide, imposée par les studios et qui est en totale contradiction avec l'esprit noir et désespéré du film. 

Michael Cimino décrivait son film l'Année du Dragon comme ''un film de guerre en temps de paix''. Encore aujourd’hui, le film reste une démonstration éblouissante de la façon de transformer une simple commande en une oeuvre magnifique à la thématique foisonnante et à la mise en scène exemplaire. Ce sera là le dernier grand film de Cimino dont la carrière, pourtant prometteuse, ne se remettra jamais de ses excès et sa démesure.


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