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10/11/2015

La Taverne de la Jamaïque




Au début du XIXème, une jeune irlandaise, Mary, rejoint en Cornouailles sa tante Patience dont le mari, Joss, tient une auberge perdue dans les landes, "La Taverne de la Jamaïque". Elle finit par découvrir peu à peu qu'il s'agit d'un repaire de brigands et décide de se réfugier auprès de sir Humphrey Pengallan, un inquiétant juge de paix... 


Alfred Hitchcock et Daphné du Maurier, une belle histoire cinématographique. L'on se souvient sans peine des deux classiques que sont Les Oiseaux et Rebecca, deux adaptations de romans de l'auteure anglaise. L'on connait moins par contre la première adaptation du maître de son auteur favori, la Taverne de la Jamaïque. Et pour cause. De l'aveu de Hitch lui même, ce film est celui dont il est le plus critique et le moins satisfait. Du Maurier elle même, déçue par le traitement qui a été porté à son livre refusera pendant longtemps de céder les droits de Rebecca, l'année suivante. A l'heure où le Jamaica Inn -en VO- ressort en version restaurée grâce à Carlotta Films, qu'en est-il vraiment de ce métrage qui a longtemps porté une réputation exécrable ?

La taverne de la Jamaïque est le dernier film de la période anglaise d'Alfred Hitchcock. Ce fut aussi son plus réussi commercialement. Hitchcock qui s'est toujours plaint du manque de moyens accordés durant cette période s'est vu cette fois-là offrir une enveloppe budgétaire plus conséquente  et cela se ressent dès les premiers plans : d'un point de vue purement plastique, la taverne de la Jamaïque est une franche réussite. Située en 1891, pour la plus part dans un coin perdu des côtes des Cornouailles, la trame donne l'occasion au réalisateur de filmer avec l’œil acéré qui le caractérise, les nombreux paysages tourmentés qui serviront de cadre aux funestes événements qui auront lieu. Il s'attardera aussi particulièrement sur l'auberge en question, tout en angles incongrus et en structures longilignes, et qu'il drape d'une aura inquiétante, voir effrayante. Tout comme le Bates Motel de Psychose, ou le manoir de Manderley dans Rebecca, Hitchcock sait comme personne donner vie à ses décors et en faire des personnages à part entière. Ceci, additionné à la photographie impeccable de Bernard Knowles contribue grandement à instaurer d'emblée une atmosphère mystérieuse et menaçante. Si ce film n'est pas le meilleur des Hitchcock, il n'en reste pas moins l'un des mieux aboutis formellement. Pour le reste...


La taverne de la Jamaïque est le film de toutes les contradictions : mêmes s'il en porte indéniablement les gênes, il ne semble pas non plus totalement appartenir à Hitchcock. Le genre lui même n'est pas très clair : Film d'aventure ? Mélodrame en costumes? Enquête policière ? Le film se cherche continuellement et s'égare malheureusement à plusieurs reprises en cherchant à atteindre un équilibre qu'il ne trouvera pas. Plusieurs analystes avaient alors imputé ce manque de concentration de la part d'Hitchcock sur le compte de ses engagements futurs en Amérique -son contrat avec O'Selznick était signé depuis des mois-. Une façon de dire qu'il avait la tête ailleurs. Le concerné fut le premier à réfuter cette thèse et -dans la série d'entretiens accordés à François Truffaut- fut sans équivoques quant à la cause première de l'échec de La taverne de la Jamaïque : La main-mise du producteur et acteur principal Charles Laughton et ses caprices, entraînant bien souvent des réécritures sans fin. Et à voir la performance de Laughton dans le rôle du méchant de service, il est difficile de donner tort au réalisateur. Maquillé à outrance dans les pans du noble libidineux et faussement bienveillant, Laughton jouera de toute sa notoriété pour modifier à sa guise son personnage et lui garantir une visibilité dans quasiment chaque plan. Son cabotinage est tellement éhonté qu'il en deviendrait presque passionnant, s'il n'était pas aussi en décalage avec le ton général de l'histoire. De ce fait, la Taverne de la Jamaïque semble tiraillé entre le one man show imposé par Laughton et la nécessité de rattraper ses extravagances. A ce titre, l'on notera que ce film est l'un des plus sombres et violents de son auteur, comme si la relation tendue entre le producteur et son réalisateur s'était muée en un masochisme latent. Une scène en particulier illustre très bien ce propos : Ce premier naufrage spectaculaire où les malfrats sévissent avec une bestialité filmée sans fards, alors qu'ils finissent d'achever les survivants pour s'accaparer le butin. Accompagnée de plans vertigineux des falaises et filmant le déchaînement des éléments, cette scène impacte fortement le spectateur qui sait alors à quoi s'en tenir.  

La Taverne de la Jamaïque n'en reste pas moins un pur film d'Hitchcock ne serais-ce que parce qu'il illustre très bien la notion de suspense, bien particulière du réalisateur. Chez ce dernier, l'art du suspense ne réside pas dans les coups de théâtre soigneusement chorégraphiés, ni les rebondissements à répétition mais plutôt dans le décalage qui se crée entre ce que le spectateur sait et ce que les personnages ignorent -et de facto, la tension qui en découle-. Il est d'ailleurs extrêmement instructif de voir comment Hitchcock reprend tous les éléments du livre de Du Maurier et les plie à sa propre vision, en les agençant de façon à tenir le spectateur en haleine. Si le livre d'origine est un whodunit des plus classiques qui repose sur les révélations qui interviennent tout au longe de l'intrigue - la nature de l'auberge, le rôle de Pangallan... - le réalisateur décide, lui, de tout révéler très tôt et de laisser son héroïne évoluer lentement dans ce nid de vipères, inconsciente ou presque du danger qu'elle encourt. Un procédé imparable, mais qui dans ce film en particulier tombe souvent à plat -les baisses de rythme sont fréquentes- à cause des délires de Laughton comme nous l'avons signalé mais aussi à cause des nombreuses tergiversations qui polluent  la trame centrale - cette histoire d'amour vraiment pas crédible entre les deux héros-. 



Enfin, il est impossible de finir cette chronique sur 
la taverne de la Jamaïque sans parler de Maureen O'hara. Le hasard a voulu que l’écriture de ces lignes coïncide avec le décès de l’actrice à l’âge de quatre vingt quinze ans. Ce film constitue sans l'ombre d'un doute -excusez la référence involontaire- l'acte de naissance de cette future Star emblématique de l'âge d'or d'Hollywood. Rendons à César ce qui lui appartient, c'est Charles Laughton lui même qui la découvre et l'impose à ses côtés dans le rôle de la jeune et innocente Mary. A peine 19 ans, mais elle crève déjà l'écran de sa grâce naturelle et sa fougue éblouissante. Son charisme est si évident que l'on ne peut que se demander si le film serait resté dans les mémoires si elle n'y était pas. Question à la quelle nous éviterons de répondre, préférant laisser le spectateur  seul juge. La taverne de la Jamaïque, sans être ni totalement réussi, ni complètement raté, mérite amplement d'être redécouvert, à défaut d'être réévalué.  


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